J’emploie volontairement ces appellations avec prudence. Elles ne décrivent ni tous les pasteurs ni tous les prophètes. Elles permettent simplement de désigner deux courants qui, dans le débat actuel, paraissent s’opposer.

Le premier courant lance un appel qui, en lui-même, est parfaitement légitime :
Revenons à Christ.
Revenons à la repentance.
Revenons à la sanctification.
Revenons aux fondamentaux.
Revenons à l’Évangile simple.

Car il faut reconnaître ce qui a provoqué cette réaction. Le monde prophétique contemporain a connu de véritables dérives : manipulations, pratiques spectaculaires, marchandisation du spirituel, protocoles arbitraires, dépendance excessive envers certains hommes de Dieu, prophéties incontrôlées et actes dits prophétiques dont le fondement biblique est parfois difficile à établir.
Ces choses existent. Il serait malhonnête de les nier.
Et elles doivent pouvoir être dénoncées.

C’est donc dans ce contexte que s’élève avec force cet appel :
« Revenons à Christ. Revenons à la repentance. Revenons à la sanctification. Revenons aux fondamentaux. Revenons à l’Évangile simple. »

Mais ce n’est pas la seule sensibilité qui s’exprime aujourd’hui dans l’Église.
Car pendant que certains appellent à revenir aux fondements et à la simplicité de l’Évangile, d’autres insistent au contraire sur la nécessité de ne pas y demeurer indéfiniment. Et leur prédication prend une tout autre direction.

Une autre sensibilité de prédication met davantage l’accent sur les mystères, les révélations, le prophétique, les dons spirituels, le discernement, la délivrance, le combat spirituel et les dimensions moins élémentaires de la vie de l’Esprit.
Dans ce courant, on retrouve égalemen
t une forte place accordée aux prédications rhema, aux actes prophétiques et à certaines formes de prières qui cherchent à engager le croyant plus profondément dans les réalités spirituelles. L’appel est différent : Il faut grandir.

On ne peut pas demeurer éternellement dans les rudiments. Il existe des dimensions de la vie spirituelle qui demandent davantage de discernement, de connaissance, d’exercice et d’équipement.
L’Église ne peut pas seulement enfanter des croyants. Elle doit également les conduire à la croissance.
À première vue, ces deux préoccupations ne devraient même pas être ennemies.
L’une veut protéger les fondements.
L’autre veut conduire plus loin.
L’une rappelle ce qu’on ne doit jamais perdre.
L’autre rappelle qu’on ne doit pas non plus cesser de grandir.

Le problème commence ailleurs.

La dérive survient lorsque chaque camp commence à diaboliser l’autre.
Certains, au nom de la simplicité de l’Évangile, rejettent en bloc tout ce qui touche au prophétique, au combat spirituel ou aux dons de l’Esprit, assimilant ces réalités à des pratiques douteuses.
D’autres, au nom de la maturité spirituelle et de la révélation, méprisent ceux qui insistent sur la repentance, la sanctification et l’enseignement biblique systématique, les accusant de proposer un évangile « infantile » ou « incomplet ».

Or, les deux extrêmes sont dangereux.

Un évangile réduit aux seuls fondements, sans croissance ni approfondissement, produit des croyants stagnants, facilement manipulables et peu équipés pour discerner les temps et les réalités spirituelles.
Un évangile exclusivement tourné vers le prophétique, les révélations et les mystères, sans ancrage solide dans la Parole écrite et les fondamentaux de la foi, produit des croyants instables, dépendants des hommes et exposés aux dérives.

La solution ne réside pas dans le choix d’un camp contre l’autre, mais dans la recherche d’un équilibre biblique.
L’apôtre Paul lui-même, dans ses épîtres, combine enseignement doctrinal solide et ouverture aux réalités spirituelles, dons de l’Esprit et discernement prophétique.
Il rappelle aux Corinthiens qu’il leur a donné du lait, non de la nourriture solide, parce qu’ils étaient encore charnels, mais il les exhorte aussi à grandir, à devenir des hommes faits, capables de discerner le bien et le mal.

L’Église a besoin des deux :
– Des pasteurs qui rappellent inlassablement les fondements : Christ crucifié, repentance, sanctification, obéissance à la Parole.
– Des prophètes qui, dans le respect de l’Écriture et sous le couvert du discernement collectif, aident le corps de Christ à percevoir les temps, à identifier les stratégies de l’ennemi et à avancer dans les réalités spirituelles.

Plutôt que de s’affronter, les deux sensibilités devraient s’écouter, se corriger mutuellement et collaborer.
Les pasteurs ont besoin des prophètes pour ne pas s’enfermer dans un christianisme purement moraliste et rationnel.
Les prophètes ont besoin des pasteurs pour ne pas s’égarer dans des révélations subjectives, non vérifiées et potentiellement manipulatoires.

L’enjeu n’est pas de choisir entre « évangile simple » et « évangile compliqué ».
L’enjeu est de revenir à un évangile complet :
– Simple dans ses fondements, accessible à tous.
– Profond dans ses mystères, capable de nourrir les croyants matures.
– Équilibré dans sa pratique, évitant à la fois le rationalisme sec et l’ésotérisme débridé.
Il n’y a pas à choisir entre pasteurs et prophètes.
Il y a à choisir entre immaturité et maturité.
Entre division et unité dans la diversité des dons.
Entre dérive et fidélité à l’Esprit et à la Parole.
L’Église n’a pas besoin d’une guerre entre sensibilités.
Elle a besoin de serviteurs humbles, ancrés dans l’Écriture, ouverts à l’Esprit, et capables de conduire le peuple de Dieu vers la maturité de Christ.

Angelex Willy